JAPANISTHAN : Où rencontrer des femmes?

Posted in JAPANISTHAN - Le guide avec des tags , , , , , on novembre 14, 2009 by kikinawak

A bobo kuku?Avez vous remarqué? Il n’y a plus de curseur de selection!

Pourquoi? C’est bien simple, le rédac’ chef m’a envoyé un mail me disant :

“Mon kiki,

tes vignettes, elles sont très jolies [et deux autres paragraphes de flagorneries], mais j’ai bien peur que tu fasses un peu chier les lecteurs avec des screen shots de tes parties de RPG . Je te propose donc un peu d’interactivité avec nos amis lecteurs en leur laissant le choix dans l’action à effectuer. Alors je t’en supplie, fait pas ta salope de hardcore gamer, laches la manette et laisses un peu jouer les clients de notre buvette!

biz’ à toi!

PS: Et en plus ça nous fera plus de clics!”

Alors qu’est-ce que ça veut dire tout ce charabia (hormis  le fait que le chef ne gère pas l’impératif présent et qu’il aurait pu faire carrière dans la com’)?

Tout simplement, c’est vous qui choisissez la suite des aventures de Ken! Et si ça vous fait chier, je viendrai faire une crise d’épilepsie chez vous!

Drink Cold Summer Session Memories 2009

Posted in Cultures saucisses et jeux vidéo, JAPANISTHAN - Le guide, Transversales foireuses avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , on novembre 9, 2009 by kikinawak

Part 1

Après vous avoir emmerdé avec deux trailers, je vous présente en avant première (sauf pour toi, là bas au fond, qui l’as déjà vu sur youtube!) la Summer Session 2009!

Et si quelqu’un me fait chier je vous balance le making off!

Blog of the month

Posted in Paie ton grec ! avec des tags , , , , , on novembre 7, 2009 by clarenceboddicker

JacquesCartier

Jacques Cartier ! Me voilà !

Vous le savez, depuis ma découverte de l’univers Pasukaru, je suis devenu une sorte d’explorateur du 2.0, le Vasco de Gama de la blogosphère, le Henry de Monfreid des coins les plus reculés du NET !

Deo Gratias !

Mais c’est une tâche particulièrement ingrate, oui mes enfants, les déceptions sont nombreuses, les erreurs de navigation coûteuses, et je ne vous cache pas qu’il m’arrive fréquemment de vouloir baisser les bras. Seulement, en mon for intérieur, je n’abandonne pas, car je sais qu’il y a dans cette galaxie incroyable, des trésors, des diamants, des richesses inexplorées qui ne demandent qu’à être trouvés, pris, dérobés, qu’il existe des “étoiles” qui brillent plus que les autres, et qu’à leur lueur, scintillante comme une vierge au paradis, le fier capitaine revient à lui, l’honorable conquistador avide de richesses fuit alors le découragement qui le minait tantôt ! Oui, Dieu a entendu nos supplications et nous a pleinement exaucé !

Car c’est la providence divine qui m’a permis de découvrir:

YOKO

(Prière de cliquer)

Oppai Ippai 2

Yoko dit: Viens faire Vroum-Vroum sur la banquette !

Oui, Yoko, jeune japonaise Kyotoïte débarquée il y a peu à Paris, est cette étoile !

Erudite à en faire pâlir Molière, dévergondée à en exciter le Marquis de Sade, lubrique à en effrayer la sacro-sainte morale, Yoko nous conte par le menu ses extraordinaires expériences sexuelles !

Et jugez du calibre:

Désinhibée par ce voyage propice à la découverte de son corps, elle se caresse pour le plaisir des voyeurs libidineux au cimetière du père Lachaise !

Avide d’expériences sordides, elle fait le tapin à Belleville, cassant impitoyablement les tarifs des prostiputes du coin, en s’offrant pour seulement 50 € !

Aimable, sensible et gracile, généreuse surtout, elle offre à ses lecteurs la possibilité de venir saillir sur son visage (ou dans sa bouche) !

Oppai Ippai 3

Yoko dit: Yokoso !

Yoko est à n’en pas douter une exploratrice des temps modernes, et spontanément, je m’interroge:

Que va-t-elle donc trouver pour la suite de ses aventures ? Arrivera-t-elle à se faire violer par une pieuvre dans une rue déserte de Montparnasse ? Saura-t-elle résister à l’envie de tourner dans des vidéos anthropornographiques avec des Banlieusards dans une cave du 9-3 ? Avalera-t-elle les litres de semence dans le gokkun que les internautes accrocs à son blog veulent lui offrir ?

Tant de questions qui nous brûlent les lèvres !

Car Yoko nous confie tout !

Mieux que sexe-actu, Agnès Giard et Megane-kun, désormais, nous avons YOKO !

Oppai Ippai 5

Yoko dit: Paizuri gratos !

Bon, c’est vrai qu’elle s’inspire un peu trop d’Amélie Nothomb et qu’en grosse mythomane, elle abuse à la louche de clichés minables, oui c’est vrai qu’elle en fait un paquet sur le côté petite-japonaise-qui-vient-de-débarquer-Yoko-Tsuno-like, entre innocence garantie pure et envies de semence dans les cheveux, c’est vrai que tout son déballage pue le fake à dix bornes, c’est vrai qu’on y croit pas une minute à cette histoire abracadabrantesque de japonaise débarquée à paname et se livrant à toutes ces expériences divertissantes, mais là n’est pas l’intérêt.

Car Yoko fait avant tout vivre le rêve ! Elle donne enfin corps aux fantasmes les plus bidons ! Elle y met une voix ! Elle s’y pose comme personnage de légende, un peu à la manière de ses héroïnes de romans fictionnels érotiques, entre série rose d’un linéaire de supermarché et vulgarité du net actuel !

Et PUTAIN, quelle marade !

Alors tant pis si derrière Yoko se cache Robert (Patrick) ou Germaine, ou Jérémy, Lisa ou Consuella, sombre tâcheron(ne) vivant là par procuration ses fantasmes lubriques et étalant sa frustration sexuelle au grand jour. Car moi, je n’en retiens que ce goût de la farce, et du tragique, émaillés de vulgaires connaissances d’une soi-disante sexualité “japonaise”, perdue entre envie de sociabiliser via Facebook, et recherche incongrue d’exister en se travestissant via un portrait grotesque.

YOKO, nous à la rédac’, on a décidé de t’aimer. Coûte que coûte !

Oppai Ippai 6

Yoko dit: “Carnaval” !

Toutes les illustrations sont tirés du blog Oppai Ippai (y compris Jacques Cartier). Si vous aimez les gros seins, rendez-lui visite ! C’est un ordre !

OPPAI IPPAI !

Drinkcold : summer session memories 2009 : J-4

Posted in Are u' a Playerz ?, Cultures saucisses et jeux vidéo, JAPANISTHAN - Le guide, Where My Nerds At avec des tags , , , , on novembre 4, 2009 by kikinawak

Punk au Japon 8ème partie : we make NOISE not music!

Posted in Die You Punk ! avec des tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on novembre 1, 2009 by meganekun

Hanatarash - The Bulldozer Concert

La 7ème partie n’était qu’une mise en bouche : si vous cherchiez de la “musique” vraiment difficile à écouter, cet article devrait vous combler.

Je ne mets pas de guillemets autour de “musique” parce que ça fait joli mais parce qu’aujourd’hui il sera question de bruit, tout simplement.

La scène noise japonaise s’est vite développée parallèlement à celle du punk et les interactions entre ces deux styles se firent rapidement assez rares. Toutefois, elles partagent certaines racines communes et durant les premiers jours, lorsque les limites n’étaient pas encore clairement définies, des groupes noise ont participé à des concerts new-wave et punk.

**************

HIJÔKAIDAN
非常階段

Hijoukaidan est un groupe légendaire à bien des égards par les amateurs de jusqu’au-boutisme nippon.  Je n’irai pas jusqu’à les accabler du titre pompeux (et presque totalement dénué de sens) de “parrains du mouvement” mais force est de constater que “Escalier D’Urgence” et son label Alchemy Records ont largement contribué à son développement.

hijokingKing Of Noise

Enfin bref, petit historique d’Hijoukaidan. Ca peut tomber à l’examen alors prenez des notes.

L’embryon du groupe était un duo d’improvisation à la guitare avec Jojo Hiroshige et Naoki Zushi. Le groupe jouait principalement au “Drugstore” à Kyoto où Jojo travaillait. Il faisait également partie du groupe Rasenkaidan (“escalier en spirale”) mené par Idiot (plus tard leader de Idiot O’Clock).

Jojo décide de créer Hijokaidan en 1979 avec Idiot et Naoki Zushi sous l’influence du groupe Airway (du collectif Los Angeles Free Music Society). Mais ce line-up ne durera vraiment pas longtemps et Hijokaidan se désintègre après seulement quelques concerts.

Il faut attendre le mois de juin 1980 pour retrouver Jojo à la tête d’un nouveau projet : Fushoku No Marie. Supposé être la fusion entre Hawkwind et Airway (tout un programme!), Fushoku No Marie comportait 5 membres. Mais dès leur deuxième concert, le groupe sera victime d’un petit malentendu et le nom Hijokaidan sera imprimé sur les flyers. Jojo décide finalement de revenir à ce nom à cause de ça.

La fin de l’année 1980 voit le line-up du groupe changer à chaque concert ou presque! Certains membres ne participent pas à certains shows mais reviennent pour le suivant tandis que d’autres sont ponctuellement invités. Ceci restera la marque de fabrique d’Hijokaidan qui est finalement le groupe d’un seul homme : Jojo Hiroshige. En 30 ans, un seul concert d’Hijokaidan a été donné en son absence.

Hijokaidan+Photo+by+Gin+Sato

Au cours de l’année suivante, Hijokaidan met au point les “performances” qui feront sa renommée scandaleuse à travers tout le pays. Les membres du groupe n’hésitent pas à balancer des seaux entiers d’oeufs pourris, de poisson, de lait, de vers de terre et d’eau croupie sur la scène et dans le public. Tandis que l’accompagnement sonore tente de dépasser, en volume et en intensité, ce que l’oreille humaine est capable de supporter.

Le groupe se produit avec plusieurs groupes fameux de l’époque comme The Stalin (avec qui ils deviendront amis), Auschwitz, Zelda, Tako, Pungo, Laughin’ Nose… et participe à quelques events marquants comme le “Answer 81″, “Last Answer” et le festival “Flight 7 Days” au Loft de Shinjuku.

Pour sa première représentation dans la capitale, Hijokaidan ne fait pas les choses à moitié : la performance inclut toujours le poisson et les oeufs mais également la destruction d’une partie du matériel, de la nudité et de l’urination sur scène!

Ce qui leur valut plusieurs articles dans la presse musicale ET dans la presse à scandale. A l’époque, personne n’avait donné de show aussi choquant à Tokyo. Tout comme The Stalin et GISM après eux, Hijokaidan a bâti sa popularité à travers ses apparitions scéniques et sa réputation sulfureuse. En tout cas, leur popularité grandit en dehors du Kansai grâce à cet unique concert devenu légendaire.

Hijokaidan-ZorokunoKibyo

Hijokaidan prépare son premier LP à partir de l’automne 1981. Plutôt qu’un album classique enregistré en studio, le groupe opte pour une sélection de titres enregistrés lors de leurs concerts tumultueux. Les dissenssions entre les membres du groupes furent nombreuses quant aux titres qui seront retenus pour “Zoroku No Kibyo”.

Le disque sort sur le label Unbalance Records avec un premier pressage de 444 exemplaires. Une fois écoulés, un second pressage de 555 exemplaires sera effectué. Ceux d’entre vous qui ont du goût auront remarqué le style familier de la pochette du disque puisqu’il s’agit d’une illustration signée Hideshi Hino, le maître du manga horrifique.

Le disque s’ouvre avec une bonne minute de vomissements avant de se lancer dans une quarantaine de chaos. Je ne sais pas vraiment comment décrire l’anti-musicalité d’Hijokaidan donc je vais laisser une vidéo le faire à ma place :

En 1982, Hijokaidan partage la scène avec G.I.S.M (l’organisateur souhaitait le show le plus extrême possible), The Stalin et Masturbation. Ces derniers sont connus pour s’auto-mutiler sur scène. Ca donne donc des shows avec une probabilité de voir un mec encagoulé faire joujou avec un brûleur à gaz, d’autres ingurgiter des oeufs pourris pour les vomir, des filles uriner, un type se taillader le bras, beaucoup de nudité et de masturbation.

Et il y a un truc qui rend le tout plus excitant que n’importe quel freak-show et boîte SM de Tokyo : de la bonne musique.

La relation amicale entre The Stalin et Hijokaidan aboutira sur un concert au concept tellement bancal qu’il ne pouvait être que réussi : The Sta-Kaidan Show!

Le 17 septembre 1983, les deux groupes fusionnent et donnent une représentation devant 800 personnes au Seibu Kodo Hall à l’université de Kyoto. Il avait été décidé qu’aucun enregistrement (vidéo ou audio) ne serait réalisé afin que cette réunion purement amicale ne devienne pas un moyen pour quelqu’un de se faire de l’argent en ressortant les bandes vingt ans plus tard. Je n’ai jamais vu aucune photo de cette performance durant laquelle des carcasses de poulet, une tête de cochon, du soja fermenté, des oeufs et tout ce qui peut entrer dans la composition d’un pudding furent projetés dans le public horrifié (mais qui savait ce qui l’attendait, donc heureux).

Hijokaidan+vomit

Durant le mois de juin 1984, deux membres d’Hijokaidan décide de monter leur propre label : Alchemy Records. Une décision facile à comprendre étant donné que leur premier LP avait été sorti sur Unbalance Records mais que le groupe l’avait intégralement financé.

Le groupe (réduit à un trio pour l’occasion) enregistre son second LP au studio de Kaneko (ex-The Stalin) et le résultat s’intitule “Viva Angel”. Le disque sort au mois de novembre et reste leur album le plus accessible à ce jour. La face A est une succession de pistes relativement courtes et compréhensibles. Le batteur joue même en rythme sur deux chansons! Incroyable! La face B n’est qu’un long morceau de noise à l’ancienne, pénible et tortueux. Ce qui ne veut pas dire mauvais, loin de là.

hijokaidan-vivaangel

Voilà ce qui arrive quand on met une image noire sur un fond noir…

En 1985, Hijokaidan apparaît une nouvelle fois dans la presse suite à un concert scandaleux donné sur le toit du magasin Tokyu Toyoko à Shibuya devant 1000 spectateurs. L’affiche proposait également Sodom, YBO² et Tako. La presse titrera racoleusement : “On-Stage Urination Rock Chaos!”.

A ce stade, une partie du public présent à leurs concerts n’était plus intéressé que par la shock-value des performances. Ce qui résulta entre quelques frictions entre le groupe et le public quand celui-ci réclamait des membres qu’ils urinent à chaque représentation.

Le groupe apparaît ensuite sur une compilation, le “Renkinjutsu Alchemy Noise Omnibus” aux côtés d’Hanatarash, High-Rise, Sakevi Yokoyama (chanteur de G.I.S.M) et Null. Peu après, Shintaro quitte The Stalin et intégre Hijokaidan. Il travaille également à un disque solo qui sortira également sur Alchemy Records.

1986 sonne la fermeture du bureau Alchemy Records basé à Tokyo (bien que le groupe soit originaire du Kansai) et sa relocalisation à Kyoto.

Hijokaidan reproduit l’expérience The Sta-Kaidan en s’associant cette fois avec les Genbaku Onnanies. Le concert a lieu au club La Mama de Shibuya sous le nom Genbaku Kaidan. Le set est composé de reprises telles que “Silver Machine” de Hawkwind, “Paranoid” de Black Sabbath, “Caroline” de Status Quo ou “Communication Breakdown” de Led Zeppelin. Cette fois, un enregistrement sera fait et sortira sur Alchemy en décembre 1986 sous le titre “Acidsoul”.

Hijokaidan reproduira l’expérience une troisième fois en s’associant avec S.O.B, le premier groupe de grindcore japonais dont les disques “Leave Me Alone” et “Don’t Be Swindle” sont d’indémodables classiques du genre. Le set consiste en grande partie de titres de S.O.B “sublimés” par des nappes de bruit de la part d’Hijokaidan. Une vidéo du concert sortira là encore sur Alchemy :

Voilà pour un petit aperçu de la première décennie de “l’escalier d’urgence” du punk japonais. Hijokaidan ne s’est toutefois pas arrêté à la fin des 80’s et se produit encore occasionellement aujourd’hui. Cette légende de la noise a réellement participé à la reconnaissance de la noise comme un mouvement à part entière et inspiré de nombreux autres artistes. Leurs liens étroits avec les scènes punk et hardcore de l’archipel sont également à souligner étant donné que leurs successeurs ne se frotteront désormais plus tellement à des publics ‘non-initiés’ aux plaisirs du bruit pur.

**************

HANATARASH(I)

Hanatarash54

Malgré (ou grâce) à une existence beaucoup plus courte qu’Hijokaidan, Hanatarash est indéniablement l’autre légende de la scène noise naissante du Japon. Mieux que ça, son leader Yamantaka Eye peut se vanter d’avoir battu tous les records mis en place par Hijokaidan, The Stalin, Jagatara et G.I.S.M en ce qui concerne la violence et la bizarrerie de ses apparitions scéniques.

Mais tout d’abord, un petit historique s’impose :

Hanatarashi (“morveux”) est formé en 1984 à Osaka par Eye qui engage Taketani à la batterie. Ce dernier était professeur d’art contemporain avant de travailler sur des chantiers (j’ai du mal à le coire mais admettons). En parallèle il jouait de la batterie dans un groupe de reggae (qui accompagna les B-52’s sur une date japonaise!). En plus d’être balèze et de ressembler à un yakuza!

Taketani apportera au groupe son visuel (le logo du groupe sera peint sur chaque objet utilisé sur scène) et à Eye la sécurité d’un “garde du corps” comme il l’avoue lui-même.

Les premiers concerts se déroulent en pleine rue et se finissent généralement avec les deux compères embarqués par la police à cause du tapagte et de leurs attitudes “choquantes”.

A la fin de l’année 1984, le duo commence à donner des shows dans des salles de concert. Le premier se déroule au Studio Ahiru à Osaka et Hanatarash utilise des bidons d’huile, une tronçonneuse et des outils de chantiers. Eye impressionne le public par une attitude dangereuse et presque suicidaire. Personne ne sait très bien si celà fait partie d’une performance artistique ou si le type est en train de vraiment péter les plombs et s’apprête à tuer tout le monde avant de se donner la mort.

hana.bw31

Quelques semaines plus tard, un concert à Tokyo fera l’objet de rumeurs incessantes à propos d’un cadavre de chat tranché en deux par Eye. Le concert fut interrompu par une alarme incendie alors que le groupe était déjà venu à bout des extincteurs et des barrières de sécurité.

Puis, il se blessera à la cuisse avec une scie circulaire lors d’une représentation au Candy Hall d’Osaka. Il commence également à briser des morceaux de verre par dizaines sur scène et à jeter des morceaux dans le public. Hanatarashi prend le concept de “noise” à la lettre et s’évertue à faire du bruit sur scène avec tout ce qui leur semble efficace. Les quelques extraits de concert qui ont abouti sur des cassettes ne proposent rien de vraiment intéressant. Pour Eye, il s’agissait plutôt de “virtual performance of war” que de représentations musicales.

Ils laissent derrière eux des spectateurs sous le choc et des propriétaires des salles passablement énervés.

Hanatarash87

Lors de leur premier concert à Tokyo (avec Merzbow et YBO²), les spectateurs doivent signer des papiers dédouanant la salle et le groupe d’éventuels dommages corporels. Des bouteilles, des panneaux de signalisation, du béton et du verre furent déversés ce soir là. Le public de la capitale fut terrorisé par ce groupe du Kansai. L’underground arty se mit à les adorer. Forcément.

Le premier album verra le jour en 1985 sur le label Alchemy (qui d’autre?).

COCK!

Chaque titre comporte le mot “cock” : Megaton Cock, Cock Combat, Cock Victory, Power Cock, Ultra Cocker… La pochette était censé montré plus clairement un collage avec un pénis mais Alchemy a décidé de le rendre plus discret pour ne pas avoir de problèmes avec l’usine de pressage et les autorités. Hanatarashi utilisait également le slogan “Take Back Your Penis” à chaque occasion.

Cette fascination pour l’appareil génital masculin peut être analysé comme un simple délire de post-adolescents prêts à tout pour se faire remarquer. Une surenchère de vulgarité et rien de plus. Cependant, la véritable explication est un peu plus compliquée (et surtout beaucoup plus fun par son absurde sérieux!).

Le concept du groupe repose entièrement sur l’érection masculine : dans la vie quotidienne Eye et Taketani (et par extension leur public) sont des types normaux, timides, peu courageux et flasques comme un sexe au repos. Dès lors qu’ils entrent sur scène, ils sont capables d’une grande force, d’agressivité et de destruction. Comme un pénis en érection.

Voilà pour la philosophie du groupe.

Le nom du groupe est, quant à lui, étroitement lié à la jeunesse de Eye. Il était souvent victime de brimades de la part de ses camarades de classe, ce qui déclenchait une réaction physique inattendue : de la morve coulait en grande quantité de son nez. Voilà pourquoi il opta pour le nom de “morveux” (encore plus péjoratif en japonais qu’en français) pour désigner son projet.

hanatarash

Pour reprendre les paroles d’EYE lors d’une interview de 1984 :

“Tomorrow’s insanity, violence and even destruction are tied together in today’s dancing. Don’t allow yourself to be seduced by it! All of you who have been bullied, you have the most horrifying weapon. Armored noise workers! Grab the machines and put them to noise work! Work for war, not love! The ground is littered with discarded penises. Earn the lightness of radicalism and with it, express fantastic sex everywhere. Your penis will grow in proportion to the discrimination against others that you do.”

Hanatarash se veut la bande-son de la revanche des ijime sur le monde.

A ce programme déjà alléchant seront ajoutés des parties vocales d’une secte appelé Ômoto dont la grand-mère de EYE faisait partie. Les écrits de la secte tiennent en 81 volumes et sont largement composés de prophéties rédigées lors de possessions / communications avec les dieux. Cette secte a subi les foudres du gouvernement en 1921 et 1935 (locaux détruits, leaders emprisonnés) mais a réussi à persister de 1892 à nos jours.

Si vous pensez pouvoir venir à bout d’un disque emplis de bruits désagréables, de fantasmes revanchards, de décharges incontrôlées de violence et de chants d’une secte bouddhique noyés sous les larsens et les percussions, essayez d’écouter cet album d’un bout à l’autre. Je vous souhaite bonne chance.

hanatarasi10c

Après cet enregistrement vient le concert qui fit définitivement entrer le groupe dans la légende : le bulldozer show!

Hanatarashi ravage la salle de concert en débarquant sur un engin de chantier, EYE détruit un large pan de mur et le bulldozer lui-même qui se met à déverser de l’essence sur scène! Des cocktails molotov étaient également prévus mais une dizaine de personnes réussirent à immobiliser EYE avant qu’il puisse s’en servir.

Suite à ce concert, EYE doit rembourser les dégats et a le sentiment d’avoir amené le groupe le plus loin possible. Le public le poussait à la surenchère et le piègeait en même temps dans un petit manège de plus en plus malsain pour qu’il se mette en scène comme une bête de foire.

hanatarash640

bulldozer

Taketani quitte Hanatarashi dont le nom se raccourcira à Hanatarash pour le deuxième album, sorti en 1987 toujours sur Alchemy Records. Plusieurs hypothèses sont avancées quant à cet abandon du “i” final. Tentative de se rapprocher de l’anglais “trash”, retirer l’égo (“I”) ou même son leader lui-même (“EYE”) du groupe. Ne pas savoir de quoi il en retourne ne va pas m’empêcher de dormir la nuit donc je ne vais pas pousser plus loin les investigations.

hanatarashsecondlp

Ce second album comporte 18 chansons aux titres plus outrageants les uns que les autres : “Boat People Hate Fuck”, “Apartheidfunclub”, “Pisshole surfers”, “We bite bollocks”…

La recette a un peu évolué et certaines pistes sont très courtes et plus in-your-face que sur le précédent disque. L’apparition de Jojo Hiroshige (leader d’Hijoukaidan pour ceux qui ne suivent pas) a été fortement commenté mais selon l’intéressé, son influence est maigre voire inexistante. Il a effectivement collaborré à l’enregistrement, au mixage, aux overdubs et a ajouté de la guitare sur certaines pistes… mais il ne sait pas vraiment si ces pistes sont celles qui apparaissent sur le disque ou non.

Hanatarash devait ouvrir pour Psychic TV à Tokyo après la sortie de ce disque mais les organisateurs leur ont interdit de monter sur scène en découvrant des cocktails molotov préparés spécialement pour l’occasion.

Finalement, début 1988, le groupe apparaît une dernière fois en public à Tokyo :

I tried to do a show in Tokyo in about 1988, maybe. There’s a bit of this show on Hanatarash 3. The crowd was unbelievable – everybody shouting, “Fuck you,” “You must be impotent,” and “Give us a break and die!” Stuff like that. Really rude. Lots of hardcore kids were there and they were intent on seeing me hurt. They hated me. They definitely made way more noise than I could, and that’s probably why I’ll never do Hanatarashi live again. It will be like that or become like that. The audience would never let me get up on stage and create noise like, say, Hijo Kaidan can do. If I don’t destroy stuff and get hurt, the’ll be all over me. Hanatarashi isn’t noise to them. It is to me. I don’t want to be dark and negative.

Deux autres LP sortiront sur Alchemy Records ainsi que d’innombrables K7 (live, expérimentations studio, n’importe quoi…) et d’autres bootlegs. Personne ne possède de discographie complète d’Hanatarash. Il est déjà arrivé plusieurs fois qu’EYE sorte une K7 emplie de vieux titres inédits à 100 exemplaires pour se faire un peu d’argent.

Depuis, EYE a formé le groupe Boredoms et joue une musique moins extrême qu’à l’époque d’Hanatarash. Boredoms n’en reste pas moins l’un des fleurons du rock expérimental nippon aux côtés de Merzbow et Melt-Banana. Ils sont devenus relativement connus du public occidental (enfin, des otakus) en signant la bande-originale de Ichi The Killer en 2002, notamment. Nous aborderons ce groupe dans un futur article.

Pour finir au sujet d’Hanatarash, un des groupes les plus destructeurs et fascinants du monde, laissons la parole à EYE :

“I want a really powerful weapon. Emphasizing the tool is fetishism. Emphasizing the penis is fascism. This is war, and love will destroy the world.”

OK?

*****************

NORD

Nord est certainement le groupe le plus obscur de cet article. Sans l’aide de quelques blogs à la pointe du partage de musique déviante (Sickness Abounds, Mutant Sounds…), je n’aurai jamais pu entendre les trois albums de ce duo précurseur de la musique industriel.

Avec des tirages ultra-confidentiels de 300, 200 et 100 copies chacun, les trois disques de Nord n’avaient pas beaucoup de chance de toucher un large public. C’était sans compter sur le dynamisme des tape-traders du monde entier qui firent circuler ces sommets industrialo-psychédéliques durant les années 80.

nord

Nord – #1

“#1″, “LSD” et “Ego-Trip” sont des oeuvres hybrides qui ne peuvent qu’attirer les amateurs de musique étrange, disons entre Throbbing Gristle et Acid Mothers Temple. Le premier est sorti sur l’incontournable Pinakotheca Records en 1981 tandis que les deux suivants sortent sur LSD Records (quelqu’un a plus d’informations sur ce label?) en 1984 et 1985 respectivement.

nord

Nord – LSD

Farfouillez les tréfonds d’internet et des blogs susmentionnés pour les télécharger. Ce sont d’excellentes bandes-sonores pour un sommeil agité et cauchemardesque.

nordego copy

Nord – Ego Trip

******************

Voilà, ce n’est qu’un survol succint et grossier de la scène noise/power-electronics japonaise. A partir de là, à vous d’explorer les univers de Merzbow (que j’aurai du inclure dans cet article mais que j’ai laissé de côté sans raison valable, juste par flemme), Incapacitants, C.C.C.C, Boredoms, The Gerogerigegege et sûrement une bonne centaine d’autres!

On se retrouve pour la neuvième partie qui sera plus soft et musicale. Il n’y aura pas de vomi et de bulldozer sur scène mais certainement plus de mélodies et de refrains à chantonner sous la douche.

Le Darwinisme appliqué au Japanisthan

Posted in Don't fuck with me !, Paie ton grec ! avec des tags , , , on octobre 31, 2009 by meganekun

Le Japanisthanais du passé :

putain, je suis en photo sur Drink Cold! J'ai la classe!

Le Japanisthanais du présent :

putain, je suis en photo sur Drink Cold mais je crois que c'est pour qu'on se foute de ma gueule!

Le Japanisthanais du futur?

Kyaa---! Une fourchette!!

JAPANISTHAN : Où faire des rencontres?

Posted in JAPANISTHAN - Le guide avec des tags , , , , , on octobre 29, 2009 by kikinawak
Prison's back door breakEn savoir plus sur les “T-back“?

Good Togo !

Posted in Oldies but goodies, Prends ça dans la gueule !, Ramène ta science !, Transversales foireuses avec des tags , on octobre 26, 2009 by lilp bdiddy

Je profite de cette accalmie, comme pour les enfants ce sont les vacances, pour mettre le nez à la fenêtre ! Ca faisait une paie malgré quelques sollicitations ! Mais voilà peut être l’élément déclencheur comme ils disent souvent dans les rencontres sportives ! Tout d’abord parce qu’il n’y a pas qu’au Japanisthan que l’on s’amuse comme des fous !

Madness

Madness

Une autre ile tout aussi fertile dans son genre comme la Jamaïque  avec des types comme Usain Bolt ou encore Elephant Man pour ceux qui apprécient le dancehall et comme certaines demoiselles que j’ai pu croiser lors de mes soirées dans notre cher pays ! Un style inimitable même pour nos plus grands fans de cosplay !

Japanisthan hot gyal !

Japanisthan hot gyal !

Une petite mise au poing s’imposait car dans mon marasme actuel, la lumière va peut être venir d’une autre pointure jamaïcaine avec lequel j’ai rendez vous ce soir en la personne de Sizzla ! Tout cela pour en venir au sujet qui me tient à coeur et qui est lié a ces joyeux drilles j’ai denommé Mister Duke Togo !

La classe à Vegas !

La classe à Vegas !

Entre le Good 2 Go de notre ami Elephant Man et le nom le plus connu de notre ami tueur à gages il y a un fossé je vous l’accorde mais n’oubliez pas que l’on parle de déclic ! Pas mal de choses surprenantes me sont arrivés depuis que j’ai fait la rencontre de l’ami Clarence ! Agréablement surprenantes que je ne pourrais mettre en évidence ici bas ! Plus particulièrement concernant notre héros plus connu sous le nom de Golgo 13 ! Le patron eu la bonne idée de m’offrir à l’époque un tee shirt à son effigie en tout bon amateur du Japanisthan que je suis ! Sans même crier garde jusqu’à cette nuit où la vérité me fut révélé en mettant la main sur quelques OAV me laissant sans voix !

So amazing !

So amazing !

Mais le plus important dans tout ça reste les ingrédients qui en font la recette : bande son irréprochable, le côté mature de la chose un scénario qui tient la route et l’attrait qui me plait le plus la discrétion ! Je ne peux rien vous cacher je suis sous le charme ! Mais le plus impressionnant dans tout ça c’est que l’anime fait son bon petit bonhomme de chemin sans faire de bruit ! Plus d’une centaines de tomes, des films et même quelques épisodes toujours avec le même panache ! Un peu comme mon attitude au sein du collectif Drink Cold ! Pourvu que ça dure !

I'll be back !

I'll be back !

Punk Au Japon 7ème Partie : Japan is soooo Avant-Garde baby

Posted in Die You Punk ! avec des tags , , , , , , , , , , , , on octobre 26, 2009 by meganekun

ybo1

Une fois que les cendres de la première explosion punk retombèrent, il était temps qu’un nouveau cycle s’ouvre. Plutôt logiquement, les nouveaux groupes emmenèrent le concept plus loin que leurs prédecesseurs. En effet, le mouvement “Tokyo Rockers” fut d’une importance difficile à minimiser mais ne semblait pas à avoir suffisamment mis à profit ce concept nouveau qui permettait à n’importe qui de prendre des instruments et de s’exprimer avec, même (et surtout!) sans les maîtriser.

Cet ensemble de groupes ne proposait finalement pas de cassure nette avec le rock ‘n roll comme il semblait le prétendre. La musique restait relativement conventionnelle et une partie des acteurs de la première vague eurent ainsi la possibilité de collaborer avec des maisons de disques.

La réaction fut donc de repousser les limites un peu plus loin et d’essayer une bonne fois pour toutes de mettre à mort ce bon vieux rock tel qu’il était pensé et fabriqué jusqu’alors. Certains prirent le parti du “toujours plus vite, toujours plus fort” de manière naturelle tandis que d’autres se mirent à expérimenter tous azimuts. Ils abandonnèrent progressivement les idées préconçues à propos d’une musique de jeunes rebelles pour s’aventurer dans des chemins nouveaux.

Il est difficile d’expliquer ce qu’est le punk. Les définitions les plus pertinentes sont celles qui expliquent, justement, ce que le punk n’est pas. Et si le punk était réellement un mouvement et une musique qui ne doit pas céder à la facilité, à la complaisance, au cirque rock-stars / groupies / drogues alors on peut penser que cette vague de groupes avant-gardistes est ce qui pouvait arriver de mieux à ce mouvement.

Oui et non.

Car les résultats ne furent pas toujours heureux. De plus, on peut regretter la fragmentation de plus en plus évidente du mouvement. Les cloisons entre les genres musicaux se firent moins perméables et les échanges moins nombreux. Le sous-ensemble hétéroclite que j’ai décidé de regrouper sous l’appellation “avant-garde” tomba dans certains travers prévisibles (le plus évident étant l’aridité de certaines expérimentations) mais ils laissèrent tout de même derrière eux quelques témoignages soniques étonnants, preuve d’une grande vitalité, d’une largesse d’esprit et d’une dispersion totale.

**********************

TAKO

tako - 1983 LP - Pinakotheca Records

Plutôt qu’un nouveau ‘mouvement’ mené par de jeunes écervelés, il convient d’aborder l’avant-garde du punk japonais comme la rencontre entre une tradition d’artistes séduits par l’improvisation (et plus généralement par une musique libre de contraintes stylistiques) bien avant l’avènement des “Tokyo Rockers” et de la “Kansai No Wave” et la lassitude de quelques acteurs du punk de la première heure face au conformisme rongeant déjà leur scène musicale souterraine.

Il manquait aux premiers l’énergie et la couverture médiatique (si maigre et erronée soit elle). Les seconds commençaient seulement à intellectualiser les concepts de musicalité et de bruitisme ; l’expérience leur faisait défaut dans la plupart des cas.

Les deux partis avaient donc tout à gagner d’un projet de l’envergure de TAKO.

Plus qu’un simple groupe TAKO est un collectif aux contours flous et aux membres multiples. Assemblé par Harumi Yamazaki en 1982 le line-up semble sortir du rêve érotique récurrent d’un fan de punk nippon :

- Harumi Yamazaki et Toshiharu Ôsato du groupe Gaseneta (responsable de l’excellent “Sooner Or Later” en 1978)
-Non du Non-Band, un groupe entièrement féminin, étrange et bruyant ayant joué avec tous les grands de l’époque mais qui demeure relativement obscur.
- Munehiro Narita qui forme High Rise approximativement à la même période.
-Machida Machizo, chanteur de INU avant qu’il ne change son nom pour Machida Kou et gagne le prix littéraire Akutagawa.
- Jiro Imai, Yuriko Mukojima, Masami Shinoda et Akihiro Ishiwatari de Pungo, un groupe noise actif seulement en 1980-1981 mais qui a marqué le genre d’une trace indélébile.
-Ryuichi Sakamoto qui est surtout connu pour sa prolifique carrière solo et son rôle dans Yellow Magic Orchestra. Tako n’est pas sa première incursion dans le punk puisqu’il a déjà produit le premier ep solo de Phew, la chanteuse d’Aunt Sally et le premier album de Friction “Atsureki”.
-Kaoru Satoh de EP-4
-Michiro Endo de The Stalin
-Koji Ueno qui sera la moitié de Guernica avec la grandiose Jun Togawa et membre de Halmens, un groupe de new-wave très porté sur les synthétiseurs qui font bleep-bleep.

Et toute cette fine équipe est épaulée de musicologues, Pinakotheca sort leur album et certaines paroles sont tirées de l’oeuvre de Georges Gurdjieff. Boom.

Dire que la musique de Tako est hétérogène est un doux euphémisme. Vous pourrez y trouver des gémissements acapella, des solos hard-rock, des tempos disloqués, de la pop étonnament efficace, du saxophone free-jazz, de pénibles cheminements bruitistes, des choeurs bien rauques de punks alcoolisés, des mélodies enfantines, des cuivres grandiloquents, du piano, de l’harmonica, de la techno-pop déviante, des guitares désaccordées, des filtres sur les voix, de la wah-wah psychédélique…

Le tout est loin d’être facile à aborder du premier coup. Puis, au fil des écoutes, on se rend compte que Tako a bien plus à offrir qu’une simple succession de segments où les membres du groupe utilisent ce qui leur tombe sous la main pour faire du bruit. Le disque offre suffisamment de repères et de passages réjouissants, voire même franchement accrocheurs, pour aider à faire passer quelques longues minutes de grand n’importe quoi.

Disséquer l’album piste par piste serait très fastidieux mais il est clair que nous avons affaire à un album qui demande une grande implication de la part de l’auditeur. Mais ceux qui surmonteront leurs premières impressions et plus généralement ceux qui aiment être déboussolés seront ravis par cette oeuvre dense et démesurée.

Si je me permettais une métaphore gastronomique, je dirai que Tako est un mille-feuilles sonore. Mais je n’écris pas pour les Inrocks donc je vais m’abstenir niveau conneries rédactionnelles.

******************

TOTSUZEN DANBALL

Formé en 1977 par deux frères, Totsuzen Danball a parcouru 3 décennies au coeur de la scène rock indépendante japonaise. Leur carrière regorge d’albums intéressants (particulièrement “Fubi” sorti en 1991 sur Alchemy Records, le label du leader de Hijokaidan – un disque recommandé si vous pouvez supporter une chanson longue de 18 minutes) mais je vais me contenter de parler de leurs premières années sur Pass Records.

Car l’histoire de Totsuzen Danball est étroitement liée à celle de ce label indépendant, un des plus marquants de la scène japonaise.

Pass Records se créé en 1979 afin de sortir le premier single de Friction. Il s’agit alors du premier label à suivre l’exemple de Gozira Records et à sortir et distribuer ses disques sans l’aide de maisons de disques.

L’année suivante, le label sort trois singles simultanément : Phew & Ryuichi Sakamoto “Finale / Urahara”, Boys Boys “Monkey Monkey / Control Tower” et Totsuzen Danball “White Man / Hen na Permanent”.

Dès lors, le label gardera cette image sérieuse et exigeante artistiquement caractérisée par ces trois disques.

突然ダンボール 1980

Derrière cette pochette peu engageante, Totsuzen Danball dissimule deux perles. “White Man” est charpenté autour d’une ligne de basse hypnotique et d’un batteur appréciant visiblement beaucoup plus les toms que les cymbales. La guitariste emploie ce style particulier, rendu célèbre par Sonic Youth dans les années 90, fait d’arpèges carillonnants et de cassures soudaines.

La face B reprend les mêmes ingrédients en y ajoutant un refrain entêtant excellent : “Omoshirokumonaishi, tsumaranakumonai, tanoshikumonaishi, kanashikumonai!” (“ce n’est ni intéressant ni emmerdant, ni réjouissant ni triste”) que vous ne pourrez vous empêcher de fredonner sous le douche le matin avant de partir au boulot.

Les deux faces sont véritablement excellentes et le groupe gagne automatiquement le coeur de nombreux amateurs de punk dans l’archipel. Le mélange entre mélodies et dissonances est particulièrement bien dosé, une qualité qui se retrouva sur la plupart de leurs enregistrements.

Le groupe fait logiquement partie de la première tournée organisée par le label : “Pass Tour” avec Phew, Boys Boys, Friction et Gunjogacrayon. Dans le sillage de la tournée se crée différents labels indépendants ; pour beaucoup des spectateurs il s’agit de leur premier concert punk à proprement parler. La scène se décentralise de plus en plus et il n’est plus obligatoire d’être originaire de Tokyo ou d’Osaka pour se lancer dans l’aventure.

Le concert du 25 mai à l’université de Kanagawa sera intégralement enregistré. Le projet était de commercialiser un disque live de Friction. Le label ne reçoit pas l’autorisation des membres du groupe et finalement un double 45 tours Gunjogacrayon / Totsuzen Danball sortira à la place.

Gunyogacrayon / Totsuzen Danball

Totsuzen Danball y révèle quelques titres qui apparaîtront sur leur premier LP l’année suivante : Totsuzen Danball 1981Le groupe a considérablement étoffé sa musique en une année. Les ambiances sont plus variées mais reposent toujours sur un jeu de guitare très particulier et des mélodies vocales scandées plus que chantées. Certains titres se font alors plus anguleux et saccadés. A certains égards, ce disque rappelle Gang Of Four mais sans s’enfermer autant dans le conceptualisme de ce groupe anglais.

Il s’agit en tout cas d’un des classique incontournable de la scène punk japonaise des débuts. A ranger entre le LP d’Aunt Sally et “Atsureki” de Friction.

En bonus je vous colle une petite apparition télévisée du groupe à la fin des 80’s quand le groupe s’était réduit aux deux frères et des bandes. Pour information, l’orchestration xylophonique n’existait pas sur leurs premiers disques. Oui je sais c’est dommage…

************************

Gunjogacrayon

kyodaiseibu1gunyogacrayon

Comme il a été question de Gunjogacrayon et qu’ils ont un des meilleurs noms de groupe de tous les temps (en parfaite adéquation avec la bizarrerie de leur musique, qui plus est!), je développe un peu.

Tout comme Totsuzen Danball, Gunjogacrayon existe depuis la fin des 70’s et continue à jouer aujourd’hui. Cependant, ils sont beaucoup moins prolifiques puisqu’ils n’ont que 3 albums à leur actif. Un LP par décennie, qui dit mieux? Même Gauze est plus généreux avec son public, c’est pour dire.

Le premier enregistrement du groupe sort sur Pass Records en aout 1980, juste entre la tournée “Pass Tour” et la sortie du double 45-tours avec Totsuzen Danball. Gunjogacrayon ne passe pas par la case ’single’ et sort directement un album (chose assez rare à l’époque) éponyme illustré d’une pochette de toute beauté :

enfin moi je trouve que c'est de toute beauté... et puis de toute façon je vous emmerde

5 morceaux pour une demi-heure de musique, une chose est sûr Gunjogacrayon ne fait pas dans le punk cliché qui balance des chansons bancales de 2 minutes.

Les morceaux sont longs mais ne tournent pas en rond et ne lassent pas malgré leurs rythmiques répétitives. A l’instar de Totsuzen Danball, la grande force du groupe réside dans le jeu du guitariste spasmophile qui semble improviser tout au long du disque. Quelques croassements de saxophone, des nappes de synthé et des bribes de voix se font entendre de temps à autre mais ce ne sont que de petites fioritures, l’essentiel résidant dans ces lignes de guitare hallucinées et parfois littéralement submergées d’effets. A tel point que le groupe rappelle autant le mouvement no-wave new-yorkais que les premiers Pink Floyd!

“Waltz” est un morceau légèrement agaçant mais cet album est dans l’ensemble une réussite et mérite largement qu’on lui consacre un peu de temps. A condition d’avoir l’esprit ouvert.

Sinon vous pouvez toujours écouter Sting et REM, hein!

Sur “Pass Live” apparaissent “Break”, le morceau le plus rapide et accessible de l’album et un titre inédit intitulé “Muki” long de 7 minutes.

Gunjogacrayon est un excellent exemple du dynamisme du rock psychédélique au Japon. L’apparition du punk a permis à ce style de musique de se régénérer totalement et de repartir vers de nouveaux territoires sonores pour deux bonnes décennies.

*********************

WELCOME TO DREAMLAND

66753

En 1984, Fred Frith est au Japon où il collabore avec différents artistes (notamment Totsuzen Danball ; une K7 “live at Shinjuku Loft” sortira en 1982).

Simultanément, il découvre une scène musicale riche et diversifiée totalement inconnue en occident. Il décide d’en présenter une partie à travers la compilation “Welcome To Dreamland – Another Japan”. Son investissement est impressionnant puisqu’il enregistre et mixe lui-même les morceaux en plus de prendre les photos qui serviront pour faire la pochette. Que je trouve vraiment excellente d’ailleurs, soit dit en passant.

Aujourd’hui, certains artistes présents sur cette compilation sont désormais bien connus des amateurs occidentaux de musique ‘différente’. Mais à la sortie de ce disque, c’était une porte sur un monde nouveau qui s’ouvrait devant eux.

Le morceau d’ouverture est un assemblage effectuée par Frith lui-même de chutes d’enregistrement qui ne furent pas retenus. Ca ressemble à des gamins de 5 ans qui essaient de faire du funk. En gros.

Puis c’est au tour de Saboten (qui signifie Cactus, à ne pas confondre avec un groupe merdique du même nom qui a signé un générique de Naruto apparemment) de livrer le morceau le plus soft et poppy de la compilation. Ce groupe entièrement féminin s’est formé en 1981 et leur premier album fut remarqué pour sa production signée par le ‘leader’ de Totsuzen Danball et une reprise d’Erik Satie.

Luna Park Ensemble enchaîne avec un titre mariant cabaret européen et musique chinoise. De la pop délicate désossée et agrémentée d’aboiements et d’un saxophone torride. Plaisant.

On entre de plein pied dans l’expérimental avec le duo Akira/Seiji et leur morceau mêlant percussions et effets sonores. Mouais.

Katra Turana est assez proche de Luna Park Ensemble. Le groupe utilise violon, violoncelle, piano et tube en aluminium (??) sur “Yarara”, une chanson au parfum rétro tout à fait appréciable. La petite touche “on est foufou” vient des hullulements du chanteur (qui ressemble à s’y méprendre à une voix féminine… et on me dit à l’instant dans l’oreillette qu’il aimait également se travestir sur scène) et de quelques dissonances.

Encore un groupe qui lorgne sur la musique occidentale, j’ai du mal à savoir s’il s’agit d’un hommage ou d’une tentative pour la défigurer. Les deux peut-être?

Sodaneva offre ensuite un interlude dispensable sans voix ni batterie.

The Honeymoons était le side-project de Tenko et de Kamura de Mizutama Shobodan. De la musique improvisée basée sur des jouets mécaniques (??) et les voix des deux membres. Etrange mais pas désagréable.

The Polka Dot Fire Brigade n’est autre que le fameux groupe Mizutama Shobodan. Le nom du groupe a simplement été traduit pour l’occasion. “The Moon That Lies” apparaitra d’ailleurs dans une autre version sur leur LP de 1985 “Manten ni Akai Hanabira”. Ce titre est tout simplement excellent. Impossible de résister à la voix de Tenko et au synthétiseur. Sans être conventionnelle, la musique de Mizutama Shobodan est loin d’être inabordable. Elle réjouira certainement les amateurs de new-wave et post-punk de cette époque. Je reviendrai plus longuement sur ce groupe dans un prochain article de toute façon.

tenko de The Honeymoons / Mizutama Shobodan

Tenko de The Honeymoons / Mizutama Shobodan

After Dinner est certainement le groupe le plus connu du disque. La chanteuse Haco a poursuivi une carrière solo jusqu’à aujourd’hui. Ambassadrice d’une pop d’avant-garde délicate qui ne déplaira pas aux amoureux de Björk, Haco a débuté avec After Dinner en 1981.  Le groupe enregistre son premier album “Glass Tube” en 1983 et montre une facilité déconcertante à marier saxophone, tabla, violon et loops pour écrire une musique cristalline, l’écrin parfait pour la voix de la chanteuse. Un groupe à découvrir absolument (très bon pour s’endormir) mais l’impact est ici un peu réduit de par le format même de la compilation. Je reviendrai plus longuement sur la carrière de Haco dans un futur plus ou moins proche.

Haco de After Dinner / Hoahio

Haco de After Dinner / Hoahio

Keiji Haino est une autre grande figure emblématique de la musique ‘hors normes’ nippone. Stakhanoviste du bruit psychédélique, ce guitariste a une discographie énorme sur le label P.S.F (qui a également sorti le premier LP de High-Rise en 1984 -voir les membres de Tako un peu plus haut). Il offre ici un titre dissonant et intriguant qui donne envie d’explorer son univers tortueux plus en profondeur.

Et puis j’aime bien les mecs qui portent des lunettes de soleil TOUT LE TEMPS.

Haino

Je ne dispose d’aucune information concernant A-Musik mais un groupe qui joue “The Black International” avec un “liberation synthetizer” ne peut pas être foncièrement mauvais.

Chie Mukai joue du violon chinois et c’est à peu près tout ce que vous devez savoir à son sujet.

Ché-Shizu est le groupe d’improvisation folk mené par Chie Mukai et son violon chinois. Sans être mauvais, ça me passe au dessus de la tête. A vous de juger.

Welcome To Dreamland est une petite déception malgré l’apparition de plusieurs artistes à l’importance et à la qualité indéniables. L’ensemble manque juste de cohésion mais l’objectif de présentation de la scène nippon aux gaijins poilus des USA et d’Europe semble avoir été accompli. Un document intéressant mais pas une écoute indispensable.

******************

Suki Suki Switch

すきすき

Vous en avez sûrement rien à foutre mais sachez que j’ai longuement hésité à inclure Suki Suki Switch dans cet article. Et puis finalement, je me suis résolu à les considérer sous leur angle expérimental plutôt que pour leurs quelques chansons orientées new-wave à synthé, plus conventionnelles.

Suki Suki Switch a existé de 1979 à 1982 et n’a enregistré qu’un seul disque. Ou plutôt un coffret de 5 flexis! Il faut avouer que le format est pour le moins original. Le groupe affirme l’avoir souhaité pour confronter leur public à quelque chose de différent. Le tout dure tout de même plus d’une heure pour un total de vingt chansons. La qualité d’enregistrement est variable et certains morceaux sont pris en live.

Musicalement, le groupe navigue entre plusieurs styles distincts. Les influences de contemporains comme Hikashu ou Aunt Sally se font sentir à plusieurs reprises. C’est un mélange ambitieux entre de la pop nerveuse et étriquée et des plages planantes et dissonantes. La diversité semble évidente dès lors que certains moceaux dure à peine une minute tandis que le plus long avoisine la dizaine!

Le synthétiseur joue un rôle important dans les différentes couleurs proposées ici, il s’agit vraiment du point fort de cette formation et ce qui fournit le charme 80’s irresistible de certains morceaux. L’alternance de voix masculines et féminines et des percussions inattendues sont également les bienvenus.

Un disque riche et indispensable aux amateurs des groupes suscités. Le seul regret vient de l’enregistrement très sommaire de certaines plages. Mais l’époque nous a habitué à pire.

****************

Voilà c’est fini pour cette fois. L’article est à l’image de la scène que j’ai tenté de présenter : incohérent mais, je l’espère, intéressant.

On se retrouve pour la 8ème partie de notre petite histoire du punk japonais où il sera question de groupes VRAIMENT inécoutables puisqu’on rentrera de plein pied dans la scène noise à travers ses plus illustres représentants : Hijokaidan, Pungo, Nord et Hanatarash.

En attendant, portez vous bien. Drink Cold reprend le bombardement de stupidités déviantes et dangereuses pour votre santé mentale dans quelques instants.

JAPANISTHAN : Où mène le cosplay?

Posted in JAPANISTHAN - Le guide avec des tags , , , , on octobre 24, 2009 by kikinawak

Voilà où va le monde!

Pour comprendre le comment du pourquoi c’est ICI.